La plagiocéphalie

La plagiocéphalie est une lésion relativement courante caractérisée, le plus souvent, par un aplatissement de la partie postérieure du crâne du côté droit.

Le crâne asymétrique de la plagiocéphalie, vue de haut.

Il en existe deux formes :

  • La plagiocéphalie synostosique liée à la fermeture d’une ou plusieurs sutures crâniennes. Elle sera, sans doute, traitée chirurgicalement et est par bonheur très rare. Le seul fait de son existence nécessitera un diagnostic médical dans les règles…
  • La plagiocéphalie dite positionnelle que l’on attribue classiquement au couchage du nourrisson. C‘est de celle-ci dont nous parlerons ici.

Pour un nourrisson présentant un aplatissement de la partie postérieure du crâne du côté droit.

Cette déformation semble bien être associé à un torticolis lié à un “spasme“ d’un muscle du cou appelé Sterno Cléido Occipito Mastoïdien (SCOM). Ce spasme sera le plus fréquemment situé du coté gauche. Aussi le nourrisson tournera difficilement la tête vers la droite.

Tout d’abord pas de panique, ce nourrisson ne gardera pas cette forme oblongue aussi marquée toute sa vie, même s’il n’est pas traité. Mais il en souffrira tout de même, d’une part parce que le fait d’avoir un torticolis en permanence ne doit pas lui être des plus agréables et d’autres parts d’autres lésions invisibles feront le lit d’autres symptômes, présents ou futurs.

La première chose à faire est de rassurer les parents. Normalement, à de très rares exceptions près, tout va bien se passer.

Mais tout d’abord, pourquoi devient-on “plagiocéphale“ et comment ?

Les mouvements des os du crâne que nous percevons lors de l’inspiration thoracique.

Un peu d’anatomie

Sur cette illustration d’un crâne humain vous voyez le temporal situé au centre. Ce que nous pouvons ressentir ce sont les mouvements des temporaux par rapport aux autres os du crâne.

Les muscles Sterno Cléido Occipito Mastoïdien, qui s’insèrent en haut sur les temporaux et en bas sur le sternum et les clavicules, seront l’origine de mouvements (quasi-imperceptibles) qui mobiliseront les temporaux par rapport aux autres os du crâne. Les deux faisceaux antérieurs se contractant pendant que les deux faisceaux postérieurs se relâchent et réciproquement. Et ceci de façon alternative et permanente, même au repos. Le corps ayant besoin de ces micro mouvements de façon permanente afin de drainer les tissus et les organes.

Les muscles antérieurs amèneront le temporal en rotation antérieure, les muscles postérieurs en rotation postérieures. Leurs contractions seront alternées.

Ces muscles relieront les os temporaux à la première vertèbre dorsale par l’intermédiaire des clavicules.

Normalement les deux temporaux auront des mouvements symétriques par rapport aux autres os du crâne. Mais il existe des lésions qui inversent les mouvements de l’un des deux temporaux. Nous appelons ces lésions “lésions de désynchronisation“.

Une lésion de désynchronisation se produit lorsqu’un individu se met en rotation extrême, et ramène sa tête en position neutre en expirant (ce qui est anti physiologique). La première vertèbre dorsale associée à la clavicule sera une meilleure candidate, qui désynchronisée, entrainera une lésion (ostéopathique) des temporaux à l’origine de la plagiocéphalie.

Ainsi, pendant qu’un temporal ira en rotation antérieure, l’autre ira en rotation postérieure. Le crâne fonctionnera alors en torsion et il se déformera. Si chez un adulte une torsion temporale peut passer inaperçue, il n’en est pas forcément de même chez un nourrisson (mais c’est possible).

C’est bien parce que la lésion est produite en ramenant la tête en position neutre et en expirant que l’on peut dire que le couchage sur le dos est plus propice à la plagiocéphalie. Évidemment, le couchage sur le ventre exclu ce mécanisme lésionnel…

Chez l’adulte le traitement se fait en tournant la tête du patient du côté opposé au temporal en lésion jusqu’à enclencher une mobilisation de la clavicule. Puis on lui demande de faire une apnée respiratoire en inspiration, de ramener la tête en la tournant en position neutre et de souffler. Les deux temporaux seront alors à nouveau synchrones.

Mais alors pour les nourrissons, la situation semble être plus compliqué, ceux-ci refusant systématiquement d’obtempérer à l’apnée inspiratoire. Nous devons donc adapter notre technique et voici comment… Mais auparavant prenez soin de noter que l’enfant tourne moins bien sa tête d’un côté que de l’autre (notamment vers la droite). Ce sera votre référence pour vérifier si votre technique a été efficace.

Le nourrisson est allongé sur le dos. Dans le rôle du thérapeute nous prendrons, par exemple, le père et dans le rôle d’objet de convoitise nous prendrons, si possible, la mère. Mais vous pourrez redistribuer les rôles selon votre convenance. La Mère se place du coté ou le nourrisson tourne la tête le plus facilement. Théoriquement ce sera du coté ou le muscle du cou (SCOM) est le plus contracté, c’est à dire le plus souvent à gauche. Le thérapeute (le Père) pose une main sur la joue gauche du nourrisson (du côté de la Mère) et l’autre sur l’épaule opposée (droite) de celui-ci.

Demandez à la Mère de descendre sa tête au niveau du plan de la table afin d’inciter l’enfant à tourner la tête le plus possible jusqu’à ce que le thérapeute ressente que la rotation de la tête de l’enfant fasse bouger son épaule droite (la clavicule du nourrisson) sous sa main (celle du Père). Une fois que le mouvement de rotation de la tête de l’enfant est ressenti par la main du Père, celui-ci attendra que l’enfant inspire (il le ressent grâce à la main posée sur la poitrine du nourrisson) pour à ce moment ramener (gentiment) la tête du nourrisson en position neutre.

Voilà c’est aussi simple que cela…

Vous pouvez ne pas y croire, essayez.

Si tous les gestes ont été fait correctement, l’enfant se mettra à tourner sa tête quasi-instantanément beaucoup plus facilement de l’autre côté. Ce sera le meilleur test pour quelqu’un qui n’aura pas une main éduquée à l’art de la palpation. La Mère ira de l’autre côté de la table pour inciter l’enfant à tourner la tête de l’autre côté, ceci afin de vérifier l’efficacité de la technique. L’enfant tournera alors beaucoup plus facilement la tête vers elle.

Ces manœuvres donnent de bons résultats, et ce, de façon constante.

Par la suite l’enfant sera plus calme (il sera débarrassé d’une raideur de nuque passée inaperçue), les muscles du cou vont progressivement se relâcher. Les mouvements physiologiques du crâne, maintenant rétablis dans leur symétrie, vont aider à remodeler le crâne du nourrisson au lieu de l’amener en torsion.

Les processus physiologiques mécaniques étant rentrés dans l’ordre, une simple surveillance thérapeutique devrait suffire. En effet l’enfant pourrait se désynchroniser à nouveau ; il suffirait de recommencer la technique.

Évidemment le crâne ne retrouve pas une forme harmonieuse d’un coup de baguette magique. Il faudra encore pas mal de temps pour qu’il revienne à une quasi-symétrie, mais il est passé d’une phase lésionnelle à une phase physiologique normale (d’auto-guérison).

D’autres techniques ostéopathiques dites crâniennes permettrons éventuellement de donner au crâne du nourrisson une mobilité plus fluide permettant d’accélérer le processus d’auto-remodelage du crâne de celui-ci. Mais nous n’avons pas le recul nécessaire pour l’affirmer. Les nourrissons dont on vient de synchroniser les temporaux sont en général plus détendus après le traitement.

Il y a beaucoup d’enfants plagiocéphales dont le diagnostic n’est pas établi parce que la déformation n’est pas évidente pour un œil profane. Le lien entre une forme de torticolis du nourrisson et plagiocéphalie nous semble évident. À l’examen de la rotation de la tête du nourrisson, nous trouverons souvent des pertes d’amplitudes d’un coté qui nous permettront de déceler une légère déformation du crâne de l’enfant.

Il y a beaucoup de plagiocéphalies qui passent inaperçues.

Soyez vigilant.

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